Octobre 2020

Les souffles puissants des grands cerfs s’épuisent dans les premières neiges d’octobre. La vallée semble endormie.
Au matin, l’atmosphère est glaciale. Ni bêtes ni ombres ne sont venues troubler le calme de mon affût. Un peu plus haut, la neige recouvre les pentes où les funambules se tiennent. De combes en crêtes, j’observe les prémices du rut des chamois. Un aigle me survole, les grands corbeaux s’envolent. Les nuages défilent. En quelques instants, l’atmosphère s’embrase. Les grands corbeaux changent de parade, les chamois se figent. Une bête venue des crêtes surgit entre les flocons. Avant même d’avoir compris, je tremble de tous mes membres. Dans la coulée d’avalanche, les chamois restent tranquilles, certains trottinent. Le lynx ralentit, s’arrête puis disparait. L’heure tourne, je ne parviens pas à redescendre. Grâce aux chamois, je sais qu’il est toujours là. On est le 4 octobre 2020 et je vois le cinquième lynx de ma vie, le deuxième au cours de cette semaine. Il me faudra du temps pour réaliser que je n’ai pas rêvé.