Août 2020

Les premières lueurs éclairent la ligne irrégulière des Alpes lointaines. Comme chaque matin, mon réveil a sonné à 4h45. Je longe la lisière plongée dans la pénombre pour rejoindre le champ préféré d’un grand chevreuil. Au loin, je distingue déjà deux ombres allongées dans l’herbe fraîchement coupée. Je m’approche à pas de loup dans la rosée: soudain, le brocard se lève d’un bond. Plutôt que de quitter la place, il fonce dans ma direction. Le vent tournant aurait-il démasqué ma présence? Non, l’animal a repéré un second mâle qui surgit non loin de moi. Une course poursuite démarre dans la pénombre. Collé à la lisière, je ne vois presque rien, juste des ombres passant à quelques mètres dans les hautes herbes. La chevrette les surveille de près pour ne rien manquer du duel. Une fois le concurrent mis en fuite, le grand mâle s’empresse de rejoindre sa promise. Avant de regagner le cœur du champ, il s’arrête un instant pour contempler son territoire.