Novembre 2020

La neige, enfin. La nature est sublimée par cette nappe blanche qui efface toutes traces humaines. Je m’épanouis dans ce monde pur où les bêtes retrouvent leur place. Dans les immensités alpines, je m’épuise les yeux dans mes jumelles, cherchant une bête invisible. Soudain, un cri roque retentit. un lagopède n’est pas loin. Mais rien ne bouge et le silence redevient assourdissant. J’installe ma tente sur un des rares points plats de cette plaine onduleuse. Là, comme par magie, quand je n’y pensais plus, un lagopède. A l’abri d’un rocher, il me surveille depuis longtemps sûrement. A chaque fois, je me demande combien d’entre eux m’ont regardé passer sans que je ne perçoive rien ? Je passe alors plusieurs dizaine de minutes couché dans la neige sans penser au froid qui s’infiltre partout. Mais quel importance, le sac de couchage est prêt à me réchauffer, ces êtres sont si fascinants.
Le mâle s’immobilise, le regard vers le ciel. Au loin, des cris résonnent au dessus de la vallée . Je prend quelques instant pour repérer l’objet de cette alerte, mais mes oreilles ne m’avaient pas trompées. Une dizaine de grues cendrées survolent les montagnes enneigées. Voir ces deux espèces simultanément est une chance. Les lagopèdes, qui n’ont certainement jamais vu d’autre paysage que celui de l’alpage où ils sont nés voient dans leur ciel familier passer des migrateurs infatigables venus des confins de la Laponie. Les espèces se croisent, toutes plus adaptées les unes que les autres, toutes aussi fascinantes.