Janvier 2020

Janvier, toute l’année j’attends cette période avec impatience. Le froid, la neige, la solitude d’un monde sauvage loin des hommes. Cette année, je n’ai pas été gâté. Mais ce jour là, j’ai mis mon pull en laine, pris mon sac à dos et gravi la montage à travers les vielles forêts du Jura. Un mince tapis de neige recouvre à présent le sous-bois. Quelques empreintes déposées ce matin me donnent de l’espoir. Les bêtes sont là, elles me regardent certainement passer avec curiosité ou indifférence. C’est bien souvent elles qui décident d’une rencontre, on ne peut que chercher à la provoquer.
D’if en if, l’ascension se poursuit. Les pentes raides sont l’habitat des chamois, des lynx, des renards… Pas le mien. Comme je suis peu discret car bien mal adapté, tout le monde peut m’entendre arriver. Pourtant, après avoir franchi une barre rocheuse, j’aperçois un groin entre deux arbres. Un sanglier me fixe, à trente mètres environ. Persuadé que ma présence va le terroriser, je ne fais plus un geste, plus un bruit. Le sanglier détourne le regard et reprend avec conviction ses fouilles méthodiques. Au même moment, un autre membre de la compagnie s’avance sur ma gauche. Je fais rouler un caillou, mais la bête n’est pas effrayée: elle détourne le regard et poursuit sa quête de nourriture en me contournant légèrement. Quel bonheur: j’ai le sentiment merveilleux d’être accepté par le monde sauvage!
Dans mes jumelles, je les vois se poursuivre, dormir, puis disparaître tranquillement en direction des falaises, dans un univers où il ne vaut mieux pas les suivre.